Stade Brestois. Le coaching selon « papa Furlan »

Stade brestois. Le coaching selon « papa Furlan »

Jean-Marc Furlan a passé plus de 20 ans sur les bancs de touche. Au Stade Brestois depuis une saison et demie, le technicien girondin transmet sa vision du football, basée sur un jeu spectaculaire. Et nous confie sa conception du métier d’entraîneur.

 

Vous venez de fêter vos 60  ans, dont plus de 20 dans la peau d’entraîneur. Qu’est-ce qui fait que vous continuez à enfiler le survet’et les crampons chaque jour ?

Depuis l’âge de 32 ans, je passais mes diplômes à Clairefontaine, mais je me disais qu’entraîneur était un métier impossible car il faut à la fois enseigner et gouverner. Et à la fin de ma carrière, à 35  ans, j’ai ouvert un magasin de sport. J’ai d’abord été éducateur à Libourne, pour rendre service, avant de prendre l’équipe senior en CFA  2. Au bout d’un an, j’ai su que c’était ça que je voulais faire. C’est l’idée de transmettre une certaine idée du football, un football spectaculaire, qui transmet des émotions, mais aussi défendre des valeurs collectives et accompagner les jeunes. Le joueur, et j’étais comme ça quand j’étais joueur moi-même, il conjugue à « je ». Le coach doit toujours faire en sorte qu’il conjugue à la première personne du pluriel.

Comment appréhendez-vous votre métier ?

Le grand danger, c’est de ne pas s’adapter à la jeunesse. Or, ce sont eux qui décident. Il faut coller à leur personnalité, leur identité. J’adore m’instruire sur les méthodes de management entreprenariale et la communication pour m’adapter aux nouvelles générations. Certains entraîneurs disparaissent car ils restent au mode de management des années 90. Le coach te disait bonjour, au revoir et il ne t’adressait pas la parole en tête à tête. Aujourd’hui, le plus lourd, à part la mise en place des entraînements, ce sont les entretiens individuels. En moyenne, la durée d’une carrière dans le football, c’est 4  ans et demi. Il y a donc des joueurs très stressés. Les études prouvent qu’il y a beaucoup d’anxiété et de dépression, en raison de la très forte attente extérieure et à la précarité de l’emploi. Le rôle de l’entraîneur, c’est l’accompagnement individuel. Le mec qui flambe, tu le laisses rouler. Mais quand tu gères 28 mecs, tu gères ceux qui sont dans le dur. Tous les jours, j’ai au minimum un entretien avec un joueur. Il faut leur donner des perspectives et leur expliquer les choses, pour les tenir engagés.

Votre compagne est docteure en psychologie du sport. Vous apporte-t-elle pour la gestion d’un groupe ?

Oui, elle travaille avec des joueurs et parfois même avec des adversaires ! Elle m’a énormément apporté. Comme le disent les Portugais et les Espagnols, la première des choses, c’est la gestion des émotions et de l’humain. Avant de parler jeu. Au très haut niveau, certains ne sont pas des tops sur le plan tactique et du jeu, mais ils sont tops dans le management des hommes.

Deux de vos anciens joueurs les plus illustres, Djibril Sidibé et Blaise Matuidi, vous appellent Papa Furlan. Cela signifie quoi pour vous ?

Quand on fait ce métier, on va être jugé sur les titres. Mais la vraie valeur, qui t’accompagne jusqu’à la fin de tes jours, c’est ce que tu as donné aux gens. Quand ces joueurs te voient, t’embrassent et te disent merci, on se dit que c’est pour ça qu’on fait ce boulot.

Pour être un bon entraîneur, faut-il penser foot 24 h/24 ?

Pour analyser le foot, il faut parler de tout et s’intéresser à la vie en général car le football est complexe et lié à la complexité de la vie sociale. Aux joueurs, je ne leur parle pas que de foot et je ne regarde pas tous les matchs à la télé. J’adore lire. Et des bouquins qui n’ont rien à voir avec le foot. En revanche, je pense à mon groupe H24 et à comment je gagne avec mon club. C’est une obsession.

Quand vous n’êtes pas au centre d’entraînement ou au stade, que faîtes-vous ?

Quand je ne suis pas à Kerlaurent, je suis chez moi ou dans ma voiture pour aller au centre d’entraînement. Je vais de temps à temps en ville, mais pas souvent. Mon grand regret, c’est de ne pas connaître le coin. Quand on est coach, à part le dimanche, on est pris tout le temps. On vit à Kerlaurent de 9 h le matin à 19 h 30 le soir. Le dimanche, j’essaie de récupérer.

La retraite est-elle un gros mot pour vous ?

Non, ce n’est pas un gros mot, mais je ne suis pas lassé et j’ai beaucoup de pêche. La clé de tout, c’est l’enthousiasme intellectuel et la force physique car on a la pression du résultat et les joueurs demandent beaucoup d’engagement et d’enthousiasme.