Le Fourneau. « L’engouement du public nous a portés »

théâtre de rue

Anciens enseignants, Claude Morizur et Michèle Bosseur ont dédié une grande partie de leur vie au Fourneau, emblème culturel incontournable de Brest. En février, ces figures laissent les rênes.

L’histoire du théâtre de rue à Brest est intimement liée au Fourneau. Comment l’aventure a-t-elle débuté ?

Claude Morizur : L’aventure débute à la pointe du Finistère au milieu des années 1980, au Relecq-Kerhuon. Nous sommes à l’origine du festival de création La tête et les mains. Le théâtre de rue de l’époque, c’était plutôt de l’animation médiévale, l’artiste saltimbanque, l’image de l’artiste qui joue dehors parce qu’il ne peut pas jouer dedans. On rencontre ces artistes, ça nous parle. S’il y a un endroit où ils peuvent rencontrer les habitants sans barrière, sans bagage, c’est bien dehors, dans la rue.

Michèle Bosseur : Cette première édition débute en 1981. Elle se termine en 1988 avec 50.000 spectateurs sur quatre jours ! L’engouement du public, on l’a tout de suite ressenti et ça nous a portés.

Comment se passent ces premiers moments ?

C.M : Pour un spectacle du festival la Tête et les mains, que nous avons préparé avec la Compagnie Oposito, il y avait une part annoncée sur le vieux pont de Plougastel et… du non-annoncé. On s’est retrouvé à 6 h à la porte de l’Arsenal. Les gens vont au boulot et se demandent qu’est-ce qui se passe ?

M.B : …et au bout d’une heure on finit tous au commissariat (rires).

C.M : Cela nous a permis de créer la maxime : Osez le spectaculaire, c’est s’assurer d’une permanence dans les mémoires.

Le public brestois a tout de suite accroché. c’était donc un peu moins le cas des autorités ?

M.B : C’était quelque chose d’un peu turbulent. Le théâtre de rue a dû gagner ses lettres de noblesse, c’est en ça qu’avec une série de personnes de notre génération, ça a été une bagarre pour être reconnus, pour avoir les autorisations, les financements. On s’est beaucoup battu et on doit continuer à se battre. Financièrement, les arts de la rue ont toujours la petite part congrue.

A-t-il fallu batailler pour imposer un lieu dédié ?

 

M.B : En 1992, le ministère de la Culture décide d’apporter un financement, pour installer des compagnies que l’on ne sait pas où mettre, dans les régions. En 1993, on ouvre et nous sommes les premiers en France (Au début, l’équipe se trouve quai Armand Considère, NDLR). Ce dossier s’est construit avec la Ville de Brest.

Puis les Jeudis du port s’imposent et le Fourneau prend une place particulière dans l’esprit des Brestois…

 

C.M : L’élu Jean Champeau fait appel à nous pour notre expérience dans l’organisation de grands événements. En 1991, un groupe de travail est constitué pour les Jeudis, qui existent depuis 1989. Et ça a pris de l’ampleur ! (…) Tout le monde a été marqué dans son enfance par un spectacle. On trouve même des artistes qui nous disent : « C’est aux Jeudis du port que j’ai su que j’allais être artiste ».

M.B : Toutes ces années ont montré l’accompagnement des institutions, du public. On est un des centres nationaux qui brasse le plus de monde. Dans n’importe quelle commune, ça marche, les artistes le disent, l’accueil est super car on est attentif à la réception du spectacle par le public.

L’installation aux capucins, c’est pour bientôt…

M.B : L’inscription du Fourneau 3. dans le projet des Capucins marque déjà les gens ! On y travaille depuis 2007 avec les artistes. On est fortement lié à la collectivité, qui doit avoir envie.

C.M : Le Fourneau n’est pas encore aux Capucins qu’il y est déjà. La Fabrique citoyenne et poétique (démarche d’aménagement participative des Capucins) est une préfiguration, avant le Fourneau 3. qui n’ouvrira qu’en 2022.

Que souhaitez-vous à la structure, au théâtre de rue en général ?

M.B : Le Fourneau, c’est un très bel outil avec une belle histoire. Mais on ne va pas rester accroché. La ville de Brest a évolué, à notre petit niveau, on a fait partie de cette évolution, en étant aux Jeudis, aux Capucins, à l’inauguration du tram. Et derrière nous, il y a tous ces artistes, toutes ces aventures qu’on a permises. On est fier.