Expédition polaire. En famille sur la banquise

Expédition polaire. en famille sur la banquise

Depuis 16 ans, Eric Brossier est le capitaine du voilier polaire Vagabond. Quand il n’est pas amarré à Brest, c’est dans le cercle Arctique, dans le Nord du Canada, qu’avec sa compagne France Pinczon du Sel et leurs deux filles Léonie et Aurore, âgées 10 et 7 ans, ils embarquent des scientifiques. (Photo DR)

 

Comment est née cette envie de vivre dans le cercle polaire Arctique ?

J’étais géophysicien lors d’un hivernage d’un an aux Kerguélen, en 1994 et je me suis intéressé au travail de tous mes collègues scientifiques. Pour continuer à le faire, je me suis dit qu’il fallait que je me concentre sur la logistique de terrain. Et pour aller dans ces coins perdus, le bateau est le plus adapté. J’ai acheté Vagabond en 1999. Sur le bateau, j’ai plusieurs casquettes, au-delà du rôle de skipper. Pendant l’hivernage, cette année, j’ai été pilote de drone, plongeur, guide motoneige, pilote d’hydroglisseur et formateur sur certains instruments de mesure. On a accueilli plus de 500 personnes. Des scientifiques, mais aussi des réalisateurs, photographes, journalistes, écrivains et artistes. C’est intéressant de diversifier les regards.

Quand on fonde une famille avec ce style de vie, y réfléchit-on à deux fois ?

On s’est posé la question, mais comme tout le monde. On était assez serein. On était dans une mission dans le Svalbard, en Norvège. On connaissait notre environnement et on était chez nous dans le bateau. Il n’y a pas d’accouchement dans cet archipel. On a eu l’assistance du gouverneur local pour faire l’accouchement à Tromso, en Norvège. Léonie avait 12 jours quand elle est arrivée dans le bateau. La sage-femme nous a dit de nous écouter. Il y a le froid bien sûr, mais je me sens plus en danger sur la route qu’en hivernage. Les peuples qui vivent dans l’Arctique ne sont pas en survie, ils vivent bien. L’homme est fantastique pour ces capacités d’adaptation.

Comment évoluent vos enfants dans cet environnement ?

Elles sont chez elles. Depuis 5 ans, elles sont scolarisées dans l’école d’un village inuit, au Nord du Canada. La langue des Inuits est difficile à parler. Nos enfants se débrouillent mieux que nous. Dans les villages inuits canadiens, l’anglais est très répandu et les filles parlent bien anglais.

Cette situation est-elle tenable à long terme ?

On peut faire l’école à la maison, avec des cours à distance jusqu’à l’âge du Bac. Après, ce n’est pas dans le petit village inuit qu’on va trouver une université pour apprendre un métier et on va devoir évoluer dans nos choix pour permettre l’accès à une meilleure scolarisation. Pour l’instant, on n’a pas trop d’inquiétude, on le voit quand elles sont à l’école en Bretagne.

Que va-t-il rester de cette expérience pour vos enfants ?

Une ouverture sur la différence de milieu, d’environnement, de langue, de façon de penser, mais aussi sur toutes les sortes de métiers qu’elles voient passer. C’est stimulant.

Quelles sont vos prochaines missions ?

Je repars sur la banquise le 6 avril pour une expédition à skis, en charge de trois programmes scientifiques. On ne sera probablement pas à bord de Vagabond pendant un an et demi. On va sans doute contribuer à un travail d’évaluation des risques sismiques et volcaniques en Équateur pendant un an.

> Un film a été réalisé au cours de la dernière mission de Vagabond, sur l’étude de l’algue Coralline. Une projection aura lieu à Plouguerneau le 1er avril. Les chercheurs ont montré que la coralline permet de définir les caractéristiques de l’océan et raconter l’histoire de la banquise sur des siècles.