Impression 3D. A Brest aussi elle prend forme

Aux Fabriques du Ponant, le fab lab brestois, une petite bande s’est mise en tête, depuis quelques mois, de fabriquer un robot humanoïde grandeur nature (bon, il n’a pas de jambes). Son nom ? InMoov. Les nombreuses pièces du robot ont été conçues par le designer Gaël Langevin. Chacune des pièces – open source – est librement téléchargeable, sous forme de fichiers. Ces dernières peuvent ensuite être imprimées, une par une. Sur l’une de ces imprimantes 3D dont on parle beaucoup évidemment.

 

« Victime de son succès »

« C’est un défi, un gros projet qui nécessite de la patience, explique Erwan Joud, l’une des personnes derrière ce projet. Il faudra aussi s’occuper de la partie électronique mais là on est encore à la phase d’impression des pièces ». Pour schématiser, imprimer la totalité des pièces nécessiterait de faire tourner l’imprimante pendant trente jours. Non-stop.

 

« L’impression 3D est victime de son succès aux Fabriques, note Erwan. Énormément de personnes utilisent l’Ultimaker² (l’une des nombreuses imprimantes du lieu, mais aussi la plus simple à utiliser, NDLR) et on ne veut pas la monopoliser pour InMoov ». L’équipe du projet recherche des financements pour acquérir une nouvelle imprimante dédiée à InMoov. Bref, l’exemple est symptomatique : les « makers », comme on dit, se sont totalement approprié l’outil.

 

De nouveaux métiers

Certains en ont fait leur métier. On peut bien sûr citer l’exemple de la société E mage in 3D, basée à Camaret, spécialisée dans le design et l’impression d’objets en 3D. Plus proche géographiquement, la startup Robotseed, basée aux Fabriques du Ponant. Cette dernière ne fait pas dans l’impression 3D mais commercialise la Smoothieboard. « C’est une carte de contrôle conçue par Arthur Wolf, explique Stéphane Philippe, associé de ce dernier. Elle permet de piloter des imprimantes 3D, des découpeuses laser, des fraiseuses numériques, etc. On se considère comme des facilitateurs d’innovation technologique ».

 

La carte connaît un beau succès auprès des makers, mais les professionnels commencent à représenter une part importante de leurs clients. Par ailleurs, « 80 % de notre chiffre d’affaires vient de l’international », précise Stéphane Philippe. D’autres métiers pourraient émerger de cette vague de l’impression 3D et, surtout, certains métiers pourraient évoluer grâce à cette technologie.

 

Encore quelques freins

Et le « grand public », celui qui n’est pas forcément sensibilisé à la culture du « do it yourself » ? Des commerces s’y intéressent. Exemple avec le magasin de fournitures de Bureau Vallée, à Brest. Un fournisseur a mis une imprimante 3D à disposition du magasin (précision : elle en est absente en ce moment mais reviendra dans les semaines qui viennent).

 

« Ça attire quelques curieux, on a déjà eu quelques personnes à venir avec leurs fichiers prêts à imprimer, explique Sylvain, qui s’occupe de la machine à la boutique. L’un des freins (avec notamment la durée d’impression, NDLR) pour le grand public, à l’heure actuelle, c’est la création des fichiers en question. Il faut maîtriser les logiciels permettant de designer les objets à imprimer ». Une fois ce cap passé, les applications deviennent tout de suite plus claires. Un exemple : « J’ai cassé une pièce de ma douche, raconte Stéphane Philippe. J’ai modélisé la pièce en question et je l’ai remplacée, ça m’a évité de devoir changer tout le système ». Concret et économique.