L’arsenal, Hervé Bédri le connaît comme sa poche. Depuis qu’il est chargé du patrimoine de la Marine (2002), il a pu en apprendre un rayon sur la riche histoire des bords de la Penfeld. La balade qu’il organise est un véritable voyage immobile. D’un seul point de vue, sur le belvédère à l’entrée du pont de Recouvrance, il retrace presque deux millénaires d’histoire de la Marine à Brest (rien que ça !).
Pas si fous, ces romains…
Car – il vous l’apprendra bien mieux que nous – déjà sous l’Empire romain, les rives de la Penfeld étaient surveillées par des soldats. «Il faut imaginer un oppidum romain à la place du château, visualise l’historien. Un fort dans toute sa splendeur, construit tel qu’on l’enseignait àl’époque à l’école de guerre». Un peu comme dans Astérix, avec des palissades et des tours de guet.
Malgré cet intérêt stratégique, Brest est resté insignifiant pendant des siècles. «Il y a toujours eu quelques petites maisons autour de la Penfeld. Mais durant le Moyen Âge, Le Conquet était plus important !» Difficile à croire… En même temps, Brest n’avait ni cours de justice, ni foire, les conditions obligatoires pour être considérée comme une vraie ville à l’époque…
Sans arsenal, pas de Brest
Et un beau jour, tout change. Au XVIe siècle, le roi décide d’implanter la Marine sur le site. C’est la naissance de l’arsenal. «Il a fallu faire venir des marins, des architectes, des ouvriers, des ingénieurs. C’est comme ça que Brest s’est peuplé », explique l’historien.
Depuis, le château a beaucoup évolué, les rives de la Penfeld se sont remplies comme un œuf. «La rivière n’est pas large, il a fallu construire en hauteur. On empilait les constructions, avec des terrasses, des passerelles, des escaliers étroits. Il faut imaginer, c’était impressionnant».
Mais dans les années 40, la Seconde Guerre mondiale est venue tout chambouler. «Elle a été fatale au port. Les Américains voulaient bombarder la base sous-marine, mais avec toutes les défenses antiaériennes, ils volaient trop haut pour être précis». La technique du tapis de bombes a donc fait de gros dégâts. «Pour être sûrs d’atteindre leurs cibles, ils ont préféré tout toucher». Des dommages aggravés par l’occupant qui, face à la défaite, a tout fait sauter.
Restent des constructions plusieurs fois centenaires (comme le bâtiment aux Lions), ou encore la grande halle des Capucins… Mais aussi des objets à l’histoire étonnante, comme La Consulaire, canon capturé à Alger en 1830, sur lequel Hervé Bédri a «quelques anecdotes sanglantes ». Il le promet !
