Utile, la vidéosurveillance ? Dans la nuit du vendredi 1er au samedi 2juin, à Brest, le dispositif de sécurité s’est montré en tout cas efficace en permettant l’identification rapide de l’agresseur d’un conducteur de bus, via l’une des caméras embarquées dans le véhicule. L’Union de la droite et du centre (UDC) en a profité pour réclamer «un grand débat public sur la vidéoprotection». Un vieux serpent de mer de la politique brestoise qui laisse dos à dos la gauche et la droite depuis plusieurs années.
De plus en plus de caméras
Mais le débat vaut-il le coup ? N’y est-on pas déjà, à la vidéosurveillance ? La ville est truffée de caméras et leur nombre continue d’augmenter. Brest Métropole Océane (BMO) en dispose d’une vingtaine pour surveiller le trafic urbain. Les bus sont également équipés, tout comme le seront les rames du tramway, de six caméras chacune exactement. Même les stations n’y échapperont pas, mais dans ce cas, «les images servent aux équipes techniques du tram et non à de la vidéosurveillance», indique-t-on du côté de Keolis.
Mais bien plus que le public, c’est le secteur privé qui s’équipe. À Dourmap, «il représente 80 à 90% de notre activité vidéosurveillance», indique Alain Judet, chargé d’affaire au sein de cette société brestoise d’équipements électriques. Il est aussi membre de la commission départementale qui valide les demandes d’autorisation d’équipements de vidéosurveillance. «Le nombre de dossiers étudiés est en nette augmentation, poursuit-il. On peut multiplier les demandes par cinq depuis 2010».
Qui investit ? D’abord les grands classiques : banques, hôtellerie, grande distribution, stades de foot. Mais aussi de plus en plus de petits commerces : bars-tabacs, pharmacies, boulangeries, supérettes… Souvent, d’ailleurs, incités par les compagnies d’assurance.
35 caméras à Francis-Le Blé
Les dispositifs peuvent être impressionnants. Au stade Francis-Le Blé, « 35 caméras fonctionnent les soirs de match, explique Jean-François Quéré, responsable sécurité au Stade Brestois. La plupart tournent à 360º, ont des capacités de zoom importantes, et les logiciels, derrière, nous permettent de trouver une image à la seconde près…».
L’Espace Jaurès n’a pas grand-chose à envier à ce dispositif, avec ses 23 caméras qui permettent de suivre le parcours d’un client dans le centre commercial. «Mais ce n’est pas le but», assure André Le Bars, le directeur. Tant à l’Espace Jaurès qu’au Stade Brestois, on dit la vidéosurveillance d’abord utile dans le secours à la personne. Les caméras sont reliées à des PC sécurité d’où peut s’organiser en un minimum de temps l’intervention.
Mais dans la majorité des cas, la priorité des caméras reste la lutte contre la délinquance. Elles servent tant pour dissuader le vol que pour identifier, après-coup, les auteurs.
Fliquer aussi les salariés ?
Et pour «fliquer» le personnel ? Les caméras sont bien souvent positionnées de manière à surveiller les stocks. «Ça permet d’éviter d’accuser à tort le personnel, reprend Alain Judet. Mais la commission de validation refuse toute demande de vidéosurveillance visant à « fliquer » les salariés».
La frontière est toutefois mince et toutes les installations ne sont pas déclarées, malgré la loi qui l’oblige. À l’antenne brestoise de la CGT commerce, on constate que le sujet revient souvent, depuis deux ans, dans les plaintes des salariés. «Avec déjà quelques dérives, explique Angéline Le Gras, secrétaire générale du syndicat. Une enseigne de la grande distribution avait notamment installé une caméra au-dessus d’un panneau syndical».
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