David Orro avait tout pour être heureux. Un deuxième enfant prévu début 2012, la rénovation de sa maison en passe d’être terminée et un boulot qui le passionne. Il est contremaître à la Sobrena. «Tout sauf du travail à la chaîne. Je coordonne les compétences des 62 ouvriers et huit chefs d’équipe sous ma responsabilité et fais en sorte de tenir les délais».
Des responsabilités que ce Brestois de 36 ans a glanées petit à petit, en commençant ouvrier en 1998.
« Un sacré coup »
Mi-septembre, l’annonce possible du dépôt de bilan de la Sobrena avant la fin de l’année a bien assombri l’horizon. «Un sacré coup», raconte David Orro. Le carnet de commandes vide pour octobre et novembre ne l’avait pas particulièrement inquiété. «L’activité de la Sobrena a toujours été faite de hauts et de bas. J’avais l’impression qu’on était sur une bonne dynamique. Cet été, on avait eu quelques chantiers bien menés et début septembre, on a accueilli le pétrolier Gerd-Knutsen, notre plus gros projet sur les derniers mois».
« La crise a bon dos »
Depuis 2009, David Orro constate certes une baisse sensible de l’activité à la Sobrena. Des arrêts techniques de plus en plus courts, les concurrences espagnoles et polonaises et des bateaux qui ne passent en contrôle technique que tous les cinq ans contre tous les deux ans et demi par le passé, apportent des éléments de réponse. «La crise a bon dos, balaie-t-il. La Sobrena a les moyens de dégager des bénéfices, mais notre patron n’a plus l’envie». La nomination de deux administrateurs provisoires, la semaine dernière, apporte un espoir mesuré à David Orro. «Au moins, il y a du monde pour nous chercher des bateaux à réparer. Mais la partie est loin d’être gagnée, le carnet de commandes reste vide.» Le Brestois attend «beaucoup de précision» de la réunion de jeudi (Ndlr demain), au ministère de l’Industrie.
«Quitter Brest, un déchirement»
Et si la mobilisation échoue? «Il faudra trouver un moyen de rembourser les prêts pour la maison, sans doute oublier le congé parental qu’avait prévu mon épouse, penser à refaire mon CV, mais avec la crainte de devoir quitter Brest, ce qui serait un déchirement». Des salariés dans la galère, «il y en a plein à la Sobrena», confie Kathy, l’épouse. Comme cette famille qui compte quatre membres dans l’entreprise, ce jeune, embauché il y a sept mois en CDI et qui venait d’acquérir un appartement, ou ces deux étudiants, embauchés en septembre dernier en alternance…
Fabrice Pouliquen
